Les murs

 

La maçonnerie traditionnelle

Sur les Causses, comme dans beaucoup d'autres régions de France et même hors de France, il y avait une tradition de maçonnerie de "pierre sèche" que l'on retrouve encore - à l'état de ruine - dans les murs de clôture bordant les champs.

Mis à part les cabanes de berger (les chazelles) il ne reste que peu de traces de ce type de maçonneries, autant pour les habitations que pour les granges. Toutes les constructions des plateaux caussenards sont maçonnées.

Elles sont maçonnées en respectant le lit de pose. Dans la carrière in trouve la pierre par bancs superposés en couches plus ou moins épaisses, séparées par un lit d'argile fin qui délimite les bancs. La pierre trouvée dans la nature dans cette position doit se retrouver dans le mur dans la même position. Une pierre posée en délit est en revanche obligatoire quand les pressions s'exercent horizontalement (dans les plates-bandes et les arcs par exemple)

Les fondations

La faible couche de terre arable, sauf dans les "dolines" plus fertiles, explique le peu de profondeur des fondations qui n'excède pas 20 à 30 cm. Les constructions traditionnelles sont assises directement sur le socle calcaire ; le  mur de fondations n'est pas plus épais que le mur en élévation.

Le sous-sol caussenard est un peu humide au niveau des fondations du fait que l'eau s'infiltre facilement dans le sol à travers les couches fissurées du calcaire. Cette situation géologique préserve la grande majorité des constructions des remontées d'eau par capillarité. Ce phénomène apparaît davantage dans les constructions assises sur des terres fines argileuses ; il faut alors les isoler du sol par une barrière étanche.

Les murs

Il n'y a donc pas de distinctions entre les murs de fondations et les murs en élévation. Ils sont légèrement très épais à  la base (entre 1 m et 1,5 m). Ils diminuent légèrement d'épaisseur en partie haute, pour conserver encore 10,80 à 1,2 m afin de mouvoir contrer les poussées de la voûte haute. Plus celle-ci est surhaussée (forme ogivale), moins la poussée s'exerce sur les murs et par conséquent moins les murs ont besoin d'épaisseur.

Les pierres sont maçonnées à joints très serrés, de telle sorte qu'elles ont l'apparence de la pierre sèche alors qu'en réalité un mortier lie les pierres les unes aux autres.

Les assises, assez irrégulières, fournissent des pierres d'un bon volume. En assises de 20 cm de hauteur, les pierres ont une largeur de 30 à 50 cm et une longueur de queue qui varie également de 30 à 50 cm.

Le liaisonnement  d'un mur est important en parement, "un coup de sabre" n'est pas beau à l'oeil, il ouvre la voie à la fissure : par contre le liaisonnement dans l'épaisseur du mur est aussi très important pour éviter le bouclement du mur, autrement dit pour qu'il ne "fasse pas le ventre".

On constate dans ces murs très épais deux façons de construire, l'une consiste à monter un parement de chaque côté en remplissant seulement le milieu sans souci de liaison mais en disposant de temps en temps une pierre en "boutisse parpaigne"1 qui fait toute l'épaisseur du mur et parfois davantage quand elle dépasse à l'extérieur de la façade (fig. 2). L'autre façon de faire est de liaisonner en maçonnant les pierres par enchevêtrement d'un parement à l'autre (fig. 3). Cette manière de procéder comporte moins de risques de bouclement  que l'autre principe si le mur est soumis à une poussée interne due à une pénétration d'eau en provenance de ma tête du mur.

Fig. 2 Fig. 3

1) Boutisse parpaigne est le terme conventionnel, abandonné bien souvent improprement pour celui de boutisse. En réalité, la boutisse est une pierre qu'on voit en bout mais qui ne fait pas forcément toute l'épaisseur du mur. Le parpaing, en pierre ou en moellon et, sous sa forme moderne en béton, occupe toute l'épaisseur du mur.