Conservation et Restauration
L'intervention sur un objet appartenant au patrimoine exige d'abord une parfaite connaissance de son métier. Elle réclame aussi un état d'esprit particulier fait de curiosité, d'intérêt pour l'histoire, de goût pour la recherche et de sensibilité. Avant toute préoccupation économique, il s'agit d'une passion très exigeante en temps à passer pour apprendre à regarder les choses du passé. J'ai l'habitude de dire qu'il y a autant à recevoir des ouvrages existants qu'à découvrir dans les solutions d'avenir. L'analyse attentive des ouvrages du passé est le meilleur moyen de connaître les techniques anciennes.
Le patrimoine appartient à tous. Nous l'avons reçu des générations passées et nous devons le transmettre aux générations futures. En menuiserie d'une manière générale, on peut considérer que tout ouvrage construit jusque dans les années 1950, avant l'industrialisation, est un ouvrage ancien. A cette époque, le travail du menuisier témoigne encore d'une formation traditionnelle, de l'habileté des artisans et de l'amour d'un matériau de qualité. A partir de cette date les choses changent, en bien et en ma. Et bien, par la recherche entreprise, en matière d'étanchéité à l'air, à l'eau et au bruit des ouvrage. De ce point de vue la fenêtre a plus évolué ces vingt dernières années qu'elle ne l'avait fait depuis le XVIIIème siècle. En mal parce que la fabrication des ouvrages en série a conduit à une simplification des formes et des moulures, et parce que les mêmes modèles se retrouvent au nord au sud de la France. En outre, l'industrialisation a fait perdre à l'artisan menuisier une grande partie de la connaissance qu'il avait de son métier en matière de fabrication des ouvrages. C'est la conséquence la plus négative sur la restauration puisqu'il faut aujourd'hui réapprendre ce que savait naturellement un menuisier des années cinquante.
La première chose à savoir est qu'on ne s'improvise pas restaurateur d'objets du patrimoine, comme ça, du jour au lendemain. avant toute intervention, il convient d'acquérir une compétence historique et stylistique la plus pointue possible. il convient ensuite d'avoir une conscience et une rigueur morale qui interdit de tricher avec la réalité. Savoir regarder avec la plus grande attention un ouvrage dans son ensemble et jusque dans ses moindre détails. Il est nécessaire de comprendre l'ouvrage et de le respecter. Une section de bois, la forme d'une assemblage ou le profil d'une moulure, fut-elle apparemment la plus simple, doivent être respectés si l'on ne veut pas compromettre le résultat final. il n'est donc pas question de remplacer un petit bois de 25 mm par un autre de 30 mm simplement par ce que la chaîne de la mortaiseuse mesure 30 mm de largeur.
En matière de qualité de restauration ou de conservation, trois notions reviennent régulièrement :
La qualité des matériaux : elle assure la pérennité de l'ouvrage. cette qualité concerne le choix du bois, l'essence, le mode de croissance de l'arbre, le débit, et le séchage. Un chêne ou un châtaignier devra avoir poussé en peuplement serré afin d'avoir des cernes annulaires étroits. le bois sera tendre et doux, et non pas nerveux comme celui qu'on utilise en charpente. Le résineux aura également des cernes étroits. Il aura de préférence, poussé lentement en altitude. Le bois sec sera dense et sonore. Le débit sur dosse est à proscrire, car le bois se déforme, au profit d'un débit hors coeur, ou mieux sur mailles, qui donne au bois beaucoup pus stable. Le bois sera sec à 12%, ou moins. Pour obtenir un bois de qualité il convient d'entretenir une relation privilégiée avec son scieur.
La lisibilité de l'ouvrage : celui-ci doit conserver son identité historique, même s'il ne correspond pas aux notions de confort actuelles. aucune modification altérant le style où l'époque ne doit être apportée à l'ouvrage restauré. il n'est donc pas question de mettre un cadre dormant ou un jet d'eau sur une fenêtre du XVème siècle. D'autres solutions, comme des joints d'étanchéité à l'air et à l'eau, doivent être recherchées. un ouvrage restauré doit remplir sa fonction au mieux mais ne doit surtout pas donner l'effet d'être neuf. La conservation de la patine ancienne est essentielle pour obtenir ce résultat.
La réversibilité de l'intervention : une bonne restauration doit pouvoir être totalement reprise et disparaître dans les années à venir. il faut avoir présent à l'esprit qu'on ne sait pas tout. Des progrès ont lieu tous les jours. Ce qui peut être considéré comme acceptable aujourd'hui ne le sera peut être plus demain. Il convient donc de prendre dès maintenant des dispositions qui rendront possible les interventions futures. Les parties neuves doivent être teintées pour se fondre dans les parties anciennes.
En matière de patrimoine, la mission du menuisier ne se limite pas à intervenir de façon correcte sur les ouvrages dont on lui confie la restauration . Il doit aussi avoir une politique active dans ce domaine. Il doit être de bon conseil vis à vis de sa clientèle. Lui faire comprendre qu'il n'est pas normal de remplacer une belle porte ancienne, même si elle est abîmée, par une porte de fabrication industrielle construite en bois exotique. Lors de la restauration d'une maison ancienne, le menuisier doit pouvoir conseiller son client et l'inciter à adopter des menuiseries traditionnelles. Il doit pouvoir proposer des modèles de qualité qu'il fabriquera lui-même, et qui seront en accord avec l'architecture régionale. On marque de plus en plus que les gens veulent des portes de menuisiers et non des portes préfabriquées. Pour répondre à cette attente, les ouvrages doivent être construits avec des bois de pays, des assemblages, des moulures, des ferrures, et des proportions traditionnels. C'est cet aspect positif sur le plan commercial qui peut inciter les artisans menuisiers à investir du temps en recherche et analyse du patrimoine de leur métier.